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Qui contestera que la France a des
difficultés avec une partie de sa jeunesse ?
La violence verbale et, malheureusement
souvent physique, de nombre d'enfants est
préoccupante. Les meurtres commis par des
adolescents font frémir. Pour autant doit-on
une nouvelle fois tenir des discours
catastrophiques, sinon compassés?
Certainement pas.
Par Jean-Pierre Rosenczveig, magistrat.
Président de l'ANCE et de
DEI-France
Texte diffusé sur le site web de JPR :
http://www.rosenczveig.com
(extraits)
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La
délinquance juvénile progresse
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Certes
la délinquance juvénile a encore progressé :
on serait à 25% du total des faits révélés
en 2000 pour 14% en 1990 – les ¾ de la
délinquance restent le fait des majeurs ! -
, mais les mêmes statistiques policières
semblent démontrer que la part des mineurs
dans la délinquance violence a commencé à
décroître. On le dit moins. De fait ce pays
ne fonctionne qu'à l'injonction et au
sensationnel. La délinquance juvénile serait
un drame national, mais quand le Parlement
s'accorde le 15 juin 2000 sur une réforme
capitale de la procédure pénale, pas un
instant il ne prend en compte la spécificité
de la justice des mineurs !
Il n'est pas question de nier les meurtres
commis par des jeunes : pourtant ils n'ont
pas augmenté. Il n'est pas question de nier
la violence insupportable et irresponsable
de nombre de jeunes : elle trahit un profond
sentiment d'injustice fait d'inégalité et de
la croyance que rien ne changera. Il faut
résister devant cette violence sinon
d'autres transgressions suivront.
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Ne pas céder au défaitisme
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Sans céder au défaitisme, au dénigrement ou
à l'auto flagellation, osons affirmer que
depuis dix ans les tribunaux pour enfants
comme l'Éducation nationale et aujourd'hui
la police, ont engagés de vraies révolutions
pour faire face aux violences juvéniles. Non
pas sans grincements de dents, mais déjà des
résultats sont visibles dont peu parlent.
Ainsi on a beaucoup disserté sur la «
nouvelle répression judiciaire» expérimentée
à Bobigny quand simplement, avec bon sens,
on a eu le souci d'intervenir le plus tôt
possible auprès de jeunes prêts à s'engager
dans des attitudes asociales. Le classement
sous conditions (rescolarisation, soins,
réparation, indemnisation de la victime,
etc.) a permis d'assurer une réponse
judiciaire pour l'ensemble de ces jeunes. Il
y a quatre ans nous mesurions que moins de
10% des jeunes présentés au tribunal dans
les jours suivants leur première
interpellation étaient retrouvés l'année
suivante dans une nouvelle affaire.
Aujourd'hui, les mandats de dépôt décernés
contre les mineurs chutent : 200 à 1998, 150
en 1999, guère plus de 100 pour 2000 (source
: justice des enfants Bobigny). Il n'y a pas
plus de laxisme aujourd'hui qu'hier, mais
bien une moindre gravité globale des faits.
Peut être pourrait-on y voir le fruit du
travail des policiers, magistrats,
travailleurs sociaux qui ont animé cette
nouvelle stratégie pénale !
Dans
les collèges, les violences en tous genres
persistent qui , d'ailleurs, ne sont pas
toujours le fait des seuls élèves.
L'Inspecteur d'Académie du 93 se qualifie
lui-même d'extincteur académique ! Mais le
souci d'intégrer les élèves en difficulté et
d'adapter certaines pédagogies a succédé à
la stratégie de répression et d'exclusion.
Cela n'a été possible que parce que
l'Éducation nationale a su faire face malgré
tous les difficultés de l'exercice : ainsi
avec 30 % de mutations chaque année, les
élèves sont plus stables que les professeurs
! Essentiellement, elle a su mettre beaucoup
d'adultes au contact de ces enfants. Parfois
les parents et enseignants ont du lui forcer
un peu la main ! Aujourd'hui elle a le souci
d'introduire le droit à l'école : non pas
seulement de l'enseigner, mais de le
respecter elle-même pour servir de
référence.
Il reste encore à la police de proximité de
se remettre en place et de développer
pleinement ses effets. Elle doit participer
d'un autre rapport que répressif avec les
enfants et les jeunes.
Pour autant, malgré ces efforts de la
puissance publique, on est loin du compte.
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Cette
enfance déboussolée
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Julien Dray a raison d'affirmer qu'une
partie de cette enfance déboussolée est
aspirée par une société mafieuse qui
développe ses tentacules dans nombre de
cités sur fond de crise économique,
d'économie chamboulée. Littéralement,
l'industrie de la drogue tient certaines
zones. Les trafiquants utilisent des jeunes
perdus, souvent à vif devant les injustice
sociales, très tôt prêts à tout pour gagner
un peu d'argent, surtout pour conquérir une
considération et un statut que leurs parents
n'ont pas, que l'école ne leur promet plus,
fréquemment désarmés sur le plan culturel.
On doit alors « déclarer la guerre » à ces
mafieux, mais avec les armes adaptées pour
les couper de leur terreau social. Déjà la
République ne doit pas céder au diktat
d'abandonner « leur territoire ». maintenir
les services publics et les associations
dans le tissu urbain ou le reconquérir est
souvent une gageure. A terme, la reprise
économique réduira l'influence de la société
du business.
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La rue :
un univers où tous les dépassements sont
possibles : |
Et puis, il y a ces adolescents et jeunes
adultes devenus réellement ces « sauvageons
» , dangereux pour ceux qu'ils croisent ou
qui peuvent le devenir – au risque de
surprendre leur environnement - l'espace
d'un instant. Relativement respectueux de
leurs parents à la maison, la rue où est une
grande partie de leur vie les plonge dans
une ambiance de groupe où tous les
dépassements sont possibles. Avant de
revenir sur terre, malheureusement parfois
après un drame ! Pour ceux là, on échappera
difficilement à une détention, exorcisme
social, mais aussi passage obligé pour avoir
le sentiment d'avoir payé le malheur causé
aux autres.
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La
violence dans les médias : |
Les
causes de la violence sont, certes,
nombreuses. Le problème est ainsi bien plus
profond pour être analysé à travers ces
quelques lignes. Cependant, un aspect
important de la violence transmise par les
médias, est souvent sous-estimé par la
population. Il s’agit de la violence
médiatique (télévision, cinéma, Internet).
Face à la télévision nous nous retrouvons
souvent envahis par une série interminable
d’images, à contenu variable. Les enfants
sont de plus en plus nombreux à être livrés
à eux-mêmes, face à des émissions à
caractère violent qui, selon nombre de
recherches scientifiques récentes, influent
sur le comportement de ces derniers. En
effet, le chérubin exposé au contexte
violent, développera des idées précises sur
une voie de communication qui prédomine dans
les programmes qui lui sont proposés par le
biais de la télé. A titre illustrateur,
l’histoire du bon qui use de violence
physique contre les méchants, mais dont le
comportement finit toujours par être
gratifié, renforce chez l’enfant, l’idée
erronée que pour défendre ses idées et son
territoire, on peut recourir à la violence
sans pour autant, être puni. La violence
télévisuelle affecte profondément le
comportement des enfants qui y sont exposés
perpétuellement, les rendant insensible à
l’égard de la violence réelle ou capables de
reproduire les stéréotypées négatives
véhiculées par la télévision. Ils auront, de
surcroît, peur du monde méchant et
craindront l’usage de la force physique pour
résoudre les conflits.
Ce qui rend l’influence de la violence
médiatique, sur le comportement ou le
psychisme des enfants, plus grande et
l’incapacité de ces derniers à assimiler ou
à interpréter, de la même manière que les
adultes, les messages que véhiculent les
images violentes. C’est pourquoi le rôle des
parents dans la sélection de la grille des
programmes de l’enfant s’avère capital. Le
choix doit être fait selon l’âge des gamins
qui réagissent face aux images violentes
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Prendre les bons virages : |
Globalement, la France a su depuis 1996
prendre les bons virages pour faire face à
ces adolescents en difficulté eux-mêmes
sources de difficultés. A droite comme à
gauche on a entendu que la réponse n'était
pas dans le bouleversement de notre droit
(comme l'abaissement de la majorité pénale à
14 ans) ou dans le retour aux centres de
sécurité fermés pour mineurs, mais dans la
modernisation de nos réponses éducatives. On
a osé affirmer que certaines prises en
charge devaient être aujourd'hui plus «
encadrées », non par des barreaux, mais par
des adultes. Des engagements ont été pris de
créer 200 structures. Les premières
fonctionnent. Si l'éloignement du quartier
s'impose un temps, il ne peut rarement être
entendu comme une rupture d'avec la famille.
Ce n'est qu'un moyen parmi d'autres pour
permettre au jeune de retrouver toute sa
place auprès des siens sans risque de
»rechute». Ne changeons pas de cap quand
nous avons touché les premiers résultats.
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Une
approche équilibrée entre la fermeté et
l'éducation : |
La recette : une approche équilibrée qui
allie la fermeté (ex. : prison, centres de
placement immédiat, éloignement,
responsabilité civile des parents, etc.),
avec l'éducation (ex. : mesure de
réparation) et formes adaptées de pédagogie
(ex. : tutorat, classes-relais, école de la
deuxième chance, internats scolaires, etc.).
Surtout on a entendu leur problème majeur :
trouver des interlocuteurs adultes qui leur
marquent de l'intérêt sinon de l'affection,
qui les valorisent et partagent quelque
chose avec eux. Le nombre de succès
rencontrés dans des cas dits désespérés est
réel. Mais qui veut bien entendre que des
trains arrivent à l'heure même dans le pays
de la SNCF ?
Certes
on est loin du compte au regard de l'ampleur
du problème. L'appareil éducatif spécialisé
est fragile : la Protection Judiciaire de la
Jeunesse est au mieux convalescente si le
sang neuf qui lui a été insufflé produit
effet ; le secteur associatif habilité
rechigne souvent à prendre des risques en
accueillant les jeunes difficiles ; tout
simplement ces enfants durs, en souffrance,
font souffrir nombre d'adultes qui sont en
difficulté aujourd'hui pour vivre avec eux
et restent convaincus d'être démunis.
En revanche, l'abandon dans lequel se trouve
trop de jeunes enfants reste plus que jamais
d'actualité et appelle des mesures adaptées.
Là, il ne s'agit pas d'ériger des murs ou de
former des éducateurs spécialisés, mais de
concrétiser la politique familiale,
d'insertion, de justice sociale et de
promotion de la citoyenneté promise par le
C.S.I. du 27 janvier 1998.
Ainsi il faut s'attaquer au fonctionnement
de certaines cellules familiales et certains
groupes sociaux et déjà aller vers ces
adultes pour qu'ils soient identifiés comme
parents, qu'ils exercent leurs
responsabilités par-delà leurs vicissitudes
matrimoniales, qu'ils se mobilisent quand
les parents sont défaillants ou absents
comme pour ces familles africaines où les
géniteurs sont au pays. Il est exagéré de
parler de parents démissionnaires, mais il
est vrai que certains privilégient leur vie
d'adultes sur leurs responsabilités
parentales. Rappeler leurs obligations à
ceux-là n'oblige pas à user de la
correctionnelle ou de sanctions financières.
Majoritairement ils doivent être soutenus.
Ainsi des parents issus de l'immigration
africaine sont fréquemment déboussolés
devant les institutions de la République et
les règles sociales occidentales. Ces gens
sont de braves gens qu'il nous faut aider en
facilitant des démarches issues de leur
communauté. D'autres rencontrant des
difficultés avec un ou deux seulement de
leur enfants sont totalement perdus. Ils
recherchent dans la communauté restée au
pays une vaine réponse. Tout simplement ces
jeunes ont souvent besoin d'avoir des
adultes auxquels ils pourraient s'identifier
et reconnus par la société dans un statut
parental ou dans leur responsabilité.
Très tôt il faut « repérer » ces enfants
privés de protection familiale adaptée. Cela
suppose d'utiliser mieux la PMI, le service
social de secteur, l'ASE (Aide Sociale à
l'Enfance), le service social scolaire, le
service de santé scolaire et de coordonner
leurs intervention. L'école doit être un
lieu mieux utilisé pour initier ce soutien.
Souvent la réponse passe par une prise en
charge globale de toute la famille pour lui
assurer des ressources autonomes, donner un
statut et de l'espoir à chacun. Cela se fait
à travers certaines démarches associatives
professionnalisées ou non; cela pourrait se
faire encore plus.
Il nous faut tenir un message public sur ce
qu'est être parent et armer ces futurs
parents ou jeunes parents autrement que dans
le registre de la violence. On connaît les
limites du « De mon temps, une bonne baffe,
ne faisait pas de mal ! ». On peut exprimer
un refus sans nécessairement recourir à la
baffe. Encore faut-il être là et tout
simplement que l'enfant ne soit pas orphelin
du fait de la volonté de ses géniteurs !
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Quelques
vérités qui doivent guider les nouvelles
étapes de notre action : |
ces enfants sont souvent à notre image : ils
sont même notre pur produit. Faut-il
rappeler les massacres par arme à feu dans
le pays de la conquête de l'Ouest ?
réduire leur comportement suppose que des
adultes aillent vers eux, leurs parents
d'abord, d'autres adultes, professionnels ou
non
très tôt dans leur vie ces enfants doivent
être encadrés c'est-à-dire protégés et
guidés quand trop souvent aujourd'hui
l'école est la première structure
contraignante à laquelle ils se heurtent.
les adultes doivent être cohérents entre ce
qu'ils disent et font : difficile de parler
de rappel à la loi et de justice sur fond
d'affaires plus ou mois sulfureuses et
encore plus quand les partis politiques se
seraient financés sur l'argent des lycées !
Ce sujet est trop sérieux pour le traiter à
la provocation sur fond de campagne
électorale. Ne gâchons des années de travail
sérieux dans l'intérêt général et d'abord
des victimes. La répression répond au souci
d'ordre public à court terme ; à moyen
terme, elle est inefficace. Il faut aller
vers ces jeunes. C'est, ici comme ailleurs,
la stratégie du fort au faible dans
l'intérêt … du fort lui-même, le fort étant
ici le monde adulte.
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