Les droits de l'enfants,
20 ans après

Adoptée
par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 20 novembre
1989, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE)
est le traité international le plus ratifié au monde. A
l’exception notable des Etats-Unis et de la Somalie, tous
les pays ont reconnu alors l’impératif d’apporter des soins
et une attention particulière aux enfants en raison de leur
vulnérabilité considérant que «l’humanité se doit de
donner à l’enfant le meilleur d’elle-même ». Vingt
ans après, où en est-on ?
Santé,
des progrès mais peu mieux faire
Les progrès
les plus significatifs depuis 1989 ont été réalisés dans le
domaine de la santé. Pour autant, ils restent relatifs : en
2008, 9 200 000 enfants (au lieu de 14 millions en 1989)
mouraient encore avant leurs 15 ans. Si nombre de maladies
virales comme la rougeole, le tétanos ou bien encore la
polio ont pratiquement été éradiquées, puisque le taux de
mortalité des enfants pour ces épidémies a baissé de presque
90 % en vingt ans, il n’en est pas de même pour le SIDA. 2
millions d’enfants de par le monde l’on contracté et 35 %
d’entre eux en meurent avant leurs 10 ans. Près de 90% de
ces enfants vivent en Afrique subsaharienne où les
médicaments, pourtant de plus en plus efficaces, tardent à
arriver.
Malnutrition et accès à l’eau potable : une situation
dramatique
Le bilan,
quoique meilleur qu’il y a vingt ans, reste dramatique : 4
millions d’enfants meurent avant 5 ans parce qu’ils sont mal
nourris. Dans les pays en voie de développement, plus d'un
milliard d'habitants n'ont pas accès à l'eau salubre et près
de 3 milliards de personnes (plus de la moitié de
l'humanité) ne sont pas équipées de systèmes
d'assainissement. Près de 3 millions d'enfants meurent
chaque année de maladies dues au manque d'hygiène et douze
millions d’entre eux meurent victimes de pneumonie, de
diarrhée et autres maladies évitables. Pourtant de simples
mesures d'hygiène, d’accès à l’eau potable, d’alimentation
suffisante ou d’allaitement maternel pourraient sauver de
nombreuses vies.
Les
enfants au travail
Aujourd’hui,
plus de 200 millions d’enfants travaillent dans le monde,
exerçant des activités qui nuisent à leur développement
mental, physique et émotionnel. Les enfants sont contraints
de travailler parce que leur survie et celle de leur famille
en dépendent. Le travail des enfants perdure, même là où il
a été déclaré illégal, et il est souvent entouré d’un mur de
silence, d’apathie et d’indifférence.
Les
enfants soldats
300 000
enfants dans 44 pays de la planète, dont certains n'ont pas
plus de 8 ans, participent directement aux conflits. Ils
sont soldats, démineurs, espions, porteurs, esclaves
sexuels... Certains autres ont appris à tuer et à torturer.
Si leur nombre global reste stable, les pays ayant recours
aux services de ces gamins sont eux de plus en plus
nombreux. Au moins deux millions d’enfants sont morts ces
10 dernières années à la suite de guerres déclenchées par
des adultes. Des progrès sont cependant enregistrés grâce à
une plus grande visibilité de la cause des enfants impliqués
dans des conflits armés. L’adoption de normes plus strictes
pour les protéger et améliorer l’assistance humanitaire
constitue également des avancées.
L’exploitation sexuelle des enfants
Pour le bon
plaisir d'adultes sans scrupules plusieurs millions
d'enfants et d'adolescents sont prostitués ou exploités
sexuellement à travers le monde. Malgré une prise de
conscience certaine, ce phénomène se développe et de
nouveaux réseaux se créent notamment sur Internet. C'est
avant tout un drame de pauvres. Même si l'on rencontre sur
tous les continents des pédophiles, la très grande majorité
des enfants prostitués et exploités sexuellement se trouvent
dans les pays du tiers monde ou dans les catégories sociales
très défavorisées des pays riches. La majorité de ces jeunes
a entre 12 et 18 ans, mais certains ont à peine 8 ans et
même des bébés sont parfois impliqués. Là aussi, de réels
progrès ont été réalisés grâce notamment à un renforcement
de l’arsenal répressif et des campagnes d’information en
direction des enfants.
L’Education, un levier majeur
Entre tous,
l’éducation joue un rôle crucial. Car, même au milieu du
chaos, elle peut restaurer un certain degré de stabilité et
de normalité pour les enfants. Une amélioration sensible a
été opérée depuis 20 ans et le nombre d’enfants non
scolarisés est passé de 115 millions à 93 millions. L’écart
entre le nombre de filles scolarisées et les garçons s’est
considérablement réduit. Une amélioration qu’il faut
cependant relativiser par le taux d’achèvement des études
qui reste très insuffisant. L’éducation offre une occasion
unique de transmettre aux enfants des messages de survie sur
des questions aussi vitales que la prévention du sida et la
sensibilisation aux dangers qui les menacent. L’éducation
peut aussi permettre de semer la paix et la justice partout
dans le monde.
CIDE : 20
ans de progrès et d’illusions
La
Convention Internationale des Droits de l'Enfant de 1989 a
soulevé de grands espoirs et des promesses ont été faites
aux enfants du monde. Ce texte a été un symbole, en
mentionnant expressément que chaque être humain peut se
prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés
inscrites dans la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen. L’enfant n’était plus un adulte en devenir, il
était bel et bien un être humain, sujet de droits et de
devoirs. 20 ans après, il reste beaucoup à faire pour que
les droits des enfants deviennent une réalité. Promouvoir et
défendre les droits des enfants, c'est tout d'abord créer
les conditions sociales, économiques et culturelles afin que
tous puissent y accéder. C'est à ce prix que les droits de
l'enfant seront véritablement respectés. Il faudra donc
encore beaucoup de volonté politique et d’acharnement
individuel et associatif pour que les dirigeants de la
planète débloquent enfin les moyens pour y parvenir.
|
La situation en France
En juin 2009, le Comité
des droits de l’enfant des Nations Unies a examiné le
bilan de la France. Il a noté de réels progrès : un âge
de mariage identique pour les deux sexes (18 ans, alors
qu’auparavant les filles pouvaient se marier à 16 ans),
ou bien encore la modernisation du cadre législatif de
l’accouchement sous X et l’accueil élargi des enfants
handicapés à l’école. Le Comité à également souligné des
progrès législatifs sur la protection de l’enfance mais
a rappelé que les décrets d’application tardaient à être
publiés.
Si la France est un des
pays au monde qui respecte le mieux la Convention
Internationale des Droits de l’Enfant (le Canada et la
Suède font figure de meilleurs « élèves »), le Comité a
toutefois pointé de graves problèmes : la pauvreté qui
touche 2 millions d’enfants avec ses conséquences
désastreuses sur la scolarité, l’accès à la santé et au
logement ; la discrimination qui pénalise les jeunes des
banlieues issus de l’immigration ou d’Outre-mer ; la
situation des mineurs étrangers isolés qui sont retenus
dans les zones d’attente des aéroports ou qui errent
dans les rues sans bénéficier d’assistance ; le recours
excessif aux mesures répressives, par défaut de
structures alternatives à l’incarcération des mineurs ;
le fichage des enfants dans le fichier "Base élève" de
l'Education nationale et enfin le projet de supprimer
l'institution "Défenseur des enfants".
Quelques chiffres
pour l'année 2009 :
30% des personnes qui
vivent sous le seuil de pauvreté
sont des enfants.
130 000 adolescents
sortent de l'école sans diplômes ni formation.
300 000 enfants vivent
dans des conditions de logement indécentes ou sont en
errance.
30 000 enfants vivent
dans la rue.
150 000 enfants sont
séparés de leur famille,
majoritairement dans les milieux défavorisés.
5 000 mineurs
étrangers vivent isolés sans aucun soutien.
1 enfant sur 20 est
victime de violences physiques.
1 enfant sur 10 est
victime de violences psychiques.
 |
|